La Police nationale d’Haïti intensifie ses efforts pour reprendre le contrôle des zones stratégiques du centre-ville de Port-au-Prince. Le dimanche 12 avril 2026, le directeur général a.i. de l’institution, André Jonas Vladimir Paraison, a effectué une visite d’inspection à l’avenue Christophe, un axe emblématique longtemps tombé sous l’emprise de groupes armés.
Cette visite s’inscrit dans la continuité des opérations menées récemment par la PNH pour reprendre plusieurs points névralgiques de la capitale. Jadis animée et incontournable, l’avenue Christophe s’était progressivement transformée en zone de non-droit, où l’autorité de l’État avait quasiment disparu. Les violences répétées ont entraîné la destruction de nombreuses maisons, le pillage d’infrastructures publiques et privées, ainsi que la dégradation de plusieurs sites patrimoniaux.
Sur place, le haut commandement de la police a pu constater l’ampleur des dégâts. Des bâtiments autrefois fonctionnels sont aujourd’hui en ruines, témoignant de plusieurs années de crise sécuritaire. Des quartiers entiers ont été désertés par leurs habitants, contraints de fuir les affrontements et l’insécurité chronique.
Au cours de cette tournée, André Jonas Vladimir Paraison a visité plusieurs institutions clés, notamment la Commission Nationale des Marchés Publics, la Faculté des Sciences Humaines, ainsi que l’Institut Supérieur d’Études et de Recherches en Sciences Sociales. Ces espaces, autrefois dédiés à l’administration publique et à la formation universitaire, avaient été abandonnés ou occupés par des groupes armés.

La délégation s’est également rendue à l’Hôtel Oloffson, un lieu chargé d’histoire et emblématique du patrimoine culturel haïtien. Associé à la mémoire de l’ancien président Vilbrun Guillaume Sam, ce site a lui aussi subi les conséquences de l’insécurité, illustrant la fragilité du patrimoine national face à la crise.
À travers cette visite, la PNH entend non seulement affirmer sa présence, mais aussi envoyer un signal fort à la population: celui d’un retour progressif de l’État dans des zones longtemps abandonnées. Des dispositifs de sécurité ont été renforcés, et des patrouilles sont désormais visibles dans plusieurs points de l’avenue Christophe, dans le but de prévenir toute tentative de réoccupation par les groupes armés. Cependant, au-delà de l’aspect sécuritaire, de nombreuses questions demeurent. La reconquête policière, aussi importante soit-elle, ne suffit pas à elle seule à redonner vie à ces espaces. La relance des activités économiques apparaît comme un enjeu majeur. Commerces fermés, marchés désertés, infrastructures détruites: tout un écosystème économique reste à reconstruire.
Le retour des populations déplacées constitue également un défi de taille. Pour de nombreux anciens habitants, la peur persiste malgré la présence des forces de l’ordre. La reconstruction des logements, la réhabilitation des services de base et la mise en place de conditions de vie sécurisées seront déterminantes pour encourager un retour durable.

Par ailleurs, la question de la préservation du patrimoine reste centrale. Plusieurs sites historiques et culturels ont été endommagés, voire détruits, au fil des affrontements. Leur restauration nécessitera des investissements importants ainsi qu’une volonté politique affirmée de protéger l’héritage national. Des observateurs estiment que la réussite de cette reconquête dépendra d’une approche globale, combinant sécurité, reconstruction urbaine, relance économique et accompagnement social. Sans cela, les avancées enregistrées pourraient rester fragiles et temporaires.La Police nationale d’Haïti, de son côté, assure vouloir maintenir la pression sur les groupes armés et consolider les acquis des récentes opérations. Cette stratégie vise à inscrire durablement la présence de l’État dans ces zones et à empêcher tout retour en arrière,

La visite du directeur général a.i. de la PNH à l’avenue Christophe marque une étape importante dans la reconquête du centre-ville de Port-au-Prince. Mais au-delà de cette avancée sécuritaire, c’est tout un chantier de reconstruction qui s’ouvre. Entre espoir de renouveau et défis persistants, l’avenir de ce quartier emblématique dépendra de la capacité des autorités à transformer cette présence policière en véritable projet de renaissance nationale.

Information sur le Vif