Les autorités haïtiennes ont demandé aux États-Unis de prendre en charge Joseph Félix Badio, un acteur central dans l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse. Pourtant, Badio reste en Haïti, où il n’a ni été inculpé par le département de la Justice américain, ni interrogé par des agents fédéraux. Ancien membre de l’unité anti-corruption haïtienne, il avait été révoqué quelques mois avant le meurtre.
Cette information a été révélée lundi lors du contre-interrogatoire d’un agent du Federal Bureau of Investigation (FBI) ayant travaillé sur le dossier. Selon David Howard, avocat de l’ancien informateur du FBI Arcángel Pretel Ortiz, « il n’y a pas un seul agent des forces de l’ordre américaines parmi plus de 200 entretiens qui a décidé de parler à ce type ».

L’agent spécial Nicholas Rahmer a reconnu avoir entendu, par les médias et des personnes impliquées dans l’enquête, le souhait des autorités haïtiennes de voir Badio transféré après son arrestation à Port-au-Prince en octobre 2023, après deux ans de cavale. Cependant, il a précisé que cette décision ne dépendait pas de lui et qu’il n’était plus sur l’affaire depuis deux ans. Interrogé sur l’importance de Badio, Rahmer a admis qu’il s’agissait d’un individu « important pour le dossier », tout en soulignant que l’enquête était toujours en cours.
Un procès sous haute tension à Miami
Le procès, qui concerne quatre accusés de Floride du Sud, se déroule depuis trois semaines et devrait durer environ deux mois. La juge fédérale Jacqueline Becerra a exhorté avocats et procureurs à accélérer le rythme après des retards et des difficultés techniques en salle d’audience.
Selon les procureurs, les accusés auraient engagé un commando colombien pour enlever ou assassiner Jovenel Moïse afin de prendre le pouvoir et de sécuriser des contrats d’infrastructure lucratifs.
Les accusés sont :

Antonio Intriago, propriétaire d’une société de sécurité en Floride,
James Solages, homme à tout faire,
Walter Veintemilla, financier du plan,
et Arcángel Pretel Ortiz.
Un cinquième accusé, Christian Emmanuel Sanon, sera jugé ultérieurement pour raisons de santé.
Défense et failles dans l’enquête
La défense conteste les accusations, affirmant que ses clients ont été piégés par des officiels haïtiens de haut rang, dont Badio. Elle souligne des lacunes dans l’enquête, notamment :
absence d’interrogatoires de témoins clés,
chaîne de possession des preuves rompue,
manque de preuves balistiques pour certaines armes retrouvées.
Deux douilles de 9 mm retrouvées près du corps de Jovenel Moïse n’ont par exemple pas été analysées par le FBI, tandis que seize pistolets saisis en Haïti n’ont pas été envoyés aux États-Unis pour tests.
Témoins clés non interrogés
Parmi les individus jamais interrogés figure Reynaldo Corvington, propriétaire d’une société de sécurité liée à l’affaire. Des munitions retrouvées chez lui correspondent à celles utilisées lors de l’assassinat. Bien que l’on ait cru qu’il s’était échappé d’une prison haïtienne, Corvington vit actuellement libre en Floride, selon la défense.
Intérêts financiers derrière le complot ?
Les procureurs tentent également de démontrer que les accusés visaient des gains financiers considérables à travers des projets d’infrastructure :
Contrat d’eau potable sur 99 ans : 136,8 millions de dollars,
Projet d’électricité à Jacmel : environ 6 millions de dollars,
Gestion des déchets sur 40 ans : 13,6 millions de dollars.
Cependant, la défense fait valoir que rien ne prouve dans les communications saisies une intention explicite d’assassiner le président.

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