Cinq ans après l’assassinat de Jovenel Moïse, les déclarations mettant en cause des personnalités politiques et les démentis qui leur répondent rappellent l’urgence d’une enquête rigoureuse, indépendante et transparente. Dans le dossier de l’assassinat de l’ancien président haïtien Jovenel Moïse, la question fondamentale demeure: qui a planifié ce crime, qui l’a financé et qui en a facilité l’exécution? Les déclarations attribuées à James Solages, lorsqu’elles mettent en cause d’autres personnalités, doivent être examinées avec sérieux. Mais les démentis de l’ancien sénateur Youri Latortue doivent également être confrontés aux éléments de preuve disponibles.

Qui dit la vérité? Cette interrogation ne peut trouver sa réponse dans les déclarations publiques, les accusations politiques ou les stratégies de communication. Elle exige des faits vérifiables, des témoignages examinés contradictoirement et des décisions judiciaires fondées sur des preuves. L’assassinat de Jovenel Moïse, dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, a plongé Haïti dans une crise profonde. Depuis, les interrogations sur les organisateurs, les financiers et les éventuels commanditaires du crime continuent d’alimenter le débat national. Lorsque James Solages livre des informations susceptibles d’éclairer les circonstances de cet assassinat, ces déclarations doivent être examinées par les autorités judiciaires. Si elles mentionnent Youri Latortue ou toute autre personnalité, il appartient aux enquêteurs de vérifier leur crédibilité, de rechercher des éléments corroborants et de confronter les différentes versions. De son côté, un démenti ne suffit pas, à lui seul, à clore une enquête. Mais une accusation ne constitue pas davantage une preuve de culpabilité. C’est précisément pour cette raison que la justice doit rester au-dessus des rivalités politiques et des pressions de l’opinion publique. Le 8 mai 2026, un jury fédéral à Miami a reconnu quatre accusés coupables dans le cadre du complot lié à l’assassinat de Jovenel Moïse, parmi lesquels James Solages. Cette décision constitue une étape judiciaire importante, mais elle ne signifie pas que toutes les questions relatives aux éventuels commanditaires du crime ont été résolues. Le dossier demeure donc marqué par une distinction essentielle: établir la responsabilité de personnes poursuivies pour leur participation au complot ne revient pas automatiquement à identifier toutes les personnes susceptibles d’avoir contribué à sa préparation ou à son financement. Les déclarations concernant Youri Latortue doivent ainsi être appréciées à la lumière des pièces judiciaires accessibles, et non uniquement à travers leur circulation dans les médias.

Pour la société haïtienne, l’enjeu dépasse les différends entre deux personnalités. Il concerne le droit des citoyens à connaître les circonstances de l’assassinat d’un président en exercice et à voir les responsabilités établies conformément à la loi. La vérité judiciaire ne peut être remplacée par une vérité politique imposée par un camp. Elle ne peut pas davantage être enterrée sous le poids des intérêts, des intimidations ou des calculs de pouvoir. Les autorités judiciaires haïtiennes doivent poursuivre les investigations avec indépendance, protéger les témoins et examiner les éléments matériels, les communications et les témoignages susceptibles de faire avancer le dossier. Toute personne mise en cause doit pouvoir répondre aux accusations dans le respect de ses droits. Entre les déclarations de James Solages et les démentis de Youri Latortue, il ne revient ni aux journalistes ni à l’opinion publique de prononcer une condamnation à la place des tribunaux. Notre exigence doit être claire: que les accusations soient vérifiées, que les démentis soient confrontés aux preuves et que les responsabilités soient établies sans discrimination ni protection politique. Jovenel Moïse a été assassiné le 7 juillet 2021. Le peuple haïtien mérite de connaître toute la vérité sur ce crime. Les victimes, leurs proches et la nation tout entière ont droit à une justice crédible. Dans cette affaire, le véritable enjeu n’est pas de savoir qui parle le plus fort, mais qui peut étayer ses déclarations par des preuves. La vérité ne doit appartenir ni à un homme politique ni à un accusé : elle doit émerger d’une enquête rigoureuse et d’une justice indépendante.

Éditorial sur le vif.