Le football, comme la politique, révèle parfois les paradoxes d'un pays. Moins de vingt-quatre heures après avoir quitté la tête de la sélection haïtienne, Sébastien Migné a retrouvé un banc. Le Gabon n'a pas hésité à lui confier les rênes de sa sélection nationale, preuve que le technicien français conserve une solide réputation sur la scène internationale.


Cette rapidité interroge. Alors que certains en Haïti remettaient en question son avenir, une autre fédération a immédiatement vu en lui le profil capable de conduire son équipe vers de nouveaux objectifs. Son bilan avec les Grenadiers restera pourtant marqué par un fait historique: ramener Haïti à la Coupe du monde, cinquante-deux ans après la participation de 1974. En Haïti, une nouvelle période d'incertitude s'ouvre. La Fédération Haïtienne de Football est dirigée par une commission de normalisation, en attendant le retour d'une gouvernance élue. Cette situation nourrit les interrogations sur la désignation du prochain sélectionneur. Des noms prestigieux, dont celui de Thierry Henry, circulent déjà, mais aucune annonce officielle n'a été faite.


Au-delà du choix d'un entraîneur, c'est la stabilité de l'institution qui est en jeu. Une qualification historique pour une Coupe du monde devrait normalement servir de point de départ à un projet sportif durable. Or, le départ du sélectionneur relance le débat sur la continuité du travail entrepris. Cette situation rappelle, à bien des égards, le contexte institutionnel du pays. Depuis plusieurs années, Haïti vit au rythme des transitions: transition politique, transition institutionnelle, transition au sein de nombreuses structures publiques. Le football n'échappe pas à cette réalité. Lui aussi évolue dans un environnement où les dirigeants sont provisoires, où les projets changent rapidement et où les certitudes sont rares.


Le défi de la FHF ne consiste donc pas seulement à trouver un nouveau sélectionneur. Il sera surtout de préserver les acquis, de maintenir l'élan créé autour des Grenadiers et de construire une vision à long terme. Le départ de Sébastien Migné ne doit pas faire oublier l'essentiel: Haïti possède aujourd'hui une génération capable de rivaliser sur la scène internationale. Reste désormais à savoir si les institutions sportives sauront offrir à cette génération la stabilité dont elle a besoin pour continuer à grandir.

Dans un pays où la transition semble être devenue la norme, le football haïtien a désormais l'occasion de démontrer qu'il peut, lui, inscrire son avenir dans la continuité plutôt que dans l'incertitude.
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