Pourquoi Ariana et pas Abigail ? La question mérite d’être posée sans détour. Alors qu’Abigail s’est illustrée par son excellence en remportant un concours de dissertation et d’éloquence, le choix s’est porté sur une figure dont l’engagement dans le domaine littéraire reste, pour le moins, invisible.
Peut-on sérieusement confier la mission de promouvoir la lecture à quelqu’un qui n’a jamais démontré d’intérêt public pour les livres, ni produit de contenu éducatif, ni pris part aux débats littéraires? Sur quels critères repose une telle nomination?
Si la réponse est la popularité, alors il faut le dire clairement: nous faisons fausse route. La notoriété n’a jamais été un gage de compétence. Être connu ne signifie pas être qualifié. Sinon, les figures virales des réseaux sociaux occuperaient déjà les postes les plus exigeants de nos institutions. Or, les domaines liés à l’éducation, à la culture et à la connaissance ne peuvent être traités avec légèreté. Ils exigent rigueur, expérience et légitimité. Qu’Ariana soit reconnue dans le domaine du divertissement numérique, soit. Cela peut même être valorisé dans un cadre approprié. Mais promouvoir le livre, défendre la lecture, inspirer une génération à s’instruire: cela demande bien plus qu’une audience.

Nommer une personnalité populaire à un poste symbolique sans lien avec ses compétences envoie un message dangereux. Cela suggère que le travail, la discipline et la passion pour un domaine comptent moins que la visibilité médiatique. Cela décourage ceux qui, dans l’ombre, lisent, écrivent, débattent et s’engagent sincèrement pour la littérature.
Car ils sont nombreux, ces jeunes qui fréquentent des clubs de lecture, participent à des concours, écrivent des textes, portent la voix du livre avec conviction. Où sont-ils dans ces choix? Où sont les poètes, les écrivains, les éditeurs en devenir? Où sont ceux qui représentent dignement la littérature sur les scènes nationale et internationale?
Sont-ils exclus parce qu’ils ne sont pas assez populaires?
Cette tendance à privilégier l’émotion et la popularité au détriment de la compétence révèle un problème plus profond. Celui d’un système où l’on peine à placer la bonne personne à la bonne place. Et les conséquences sont visibles. Une société qui valorise davantage la visibilité que le mérite prend le risque de perdre ses repères. Elle encourage une jeunesse à chercher la reconnaissance facile plutôt que l’excellence durable.

Ce débat dépasse donc le cas d’Ariana ou d’Abigail. Il pose une question essentielle : quel modèle voulons-nous offrir? Car à force de confondre influence et compétence, nous finissons par banaliser l’incompétence elle-même.
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