Pancartes levées au-dessus des têtes, messages en créole et musique de solidarité diffusée par un truck sound: plusieurs femmes, majoritairement issues de la Fondation TOYA, ont foulé le macadam dimanche 9 août pour dénoncer les violences faites aux femmes et aux filles.

Dans les rues, les manifestantes avancent pacifiquement. Sur leurs pancartes, des messages traduisent leur colère, mais aussi leur volonté de voir les survivantes de violences sexuelles obtenir justice et protection. «Fòs yon bon sistèm chita nan kapasite l pou l bay jistis», peut-on lire sur une pancarte. Un peu plus loin, une autre affiche rappelle: «Fanm ak tifi dwe viv san kè sote». Sur une troisième, les manifestantes dénoncent ce qu’elles considèrent comme la tolérance des autorités: «Se tolerans Leta ki fè vyolans sou fanm pa janm ka fini». La musique diffusée par le truck sound accompagne la marche. Les participantes avancent avec un même message : les violences sexuelles ne doivent pas être banalisées et les survivantes ne doivent pas être abandonnées.

Pour ces femmes, la justice constitue l’une des principales revendications. Elles demandent également une meilleure protection et des mécanismes de réparation pour les personnes victimes de viols et d’autres formes de violences. Lors d'une entrevue au micro des journalistes, la secrétaire générale de la Fondation TOYA, Clifane Saintil, a dénoncé ce qu’elle considère comme un silence complice des autorités face à la situation des femmes.«Trop d’insécurité, les femmes sont les principales victimes. L’insécurité est la principale source d’instabilité», a martelé Clifane Saintil, évoquant également les cas de viols enregistrés dans le contexte actuel. Pour la responsable de la Fondation TOYA, l’insécurité expose particulièrement les femmes et les filles à différentes formes de violences et exige une réponse plus forte des autorités. Et appelle les institutions à prendre leurs responsabilités. Autour d’elle, les manifestantes brandissent leurs pancartes. La scène résume le message de la mobilisation: dénoncer, réclamer justice et rappeler la situation des survivantes.

La mobilisation vise également à rappeler que les survivantes de violences sexuelles ont besoin de davantage que de simples déclarations: elles réclament l’accès à la justice, des services de protection et un accompagnement permettant leur rétablissement. Une énième marche, mais quelles retombées? Cette mobilisation soulève toutefois une question plus large Est-ce que les femmes sont les seules victimes de la crise haïtienne? L’insécurité affecte l’ensemble de la population. Hommes, femmes, enfants, personnes âgées et personnes déplacées en subissent les conséquences. Mais les organisations de défense des droits des femmes insistent sur les risques spécifiques auxquels sont exposées les femmes et les filles, notamment les violences sexuelles. La marche de dimanche est aussi une énième mobilisation. Depuis plusieurs années, des organisations de femmes descendent régulièrement dans les rues pour dénoncer les violences et exprimer leur solidarité avec les victimes.

Dès lors, une interrogation demeure: comment transformer ces mobilisations citoyennes en actions concrètes capables de réduire les violences, renforcer la protection des femmes et des filles, poursuivre les agresseurs et garantir réparation aux survivantes? Pour les organisatrices, l’objectif reste de maintenir la pression sur les autorités et de rappeler que la lutte contre les violences faites aux femmes ne peut être dissociée de la lutte contre l’insécurité. En tout cas Elles attendent des actes: une justice accessible, une protection effective, un accompagnement psychosocial et médical, ainsi que des mécanismes de réparation.

En Haïti les femmes ont encore marché pour demander justice. À l’issue de cette nouvelle mobilisation, une question demeure: combien de marches faudra-t-il encore organiser avant que les revendications des femmes et des survivantes se traduisent par des actions concrètes? Entre dénonciations répétées, promesses institutionnelles et persistance des violences, où sont les mécanismes capables de garantir réellement justice, protection et réparation? Et surtout, jusqu’à quand les femmes et les filles devront-elles continuer à descendre dans les rues pour réclamer le droit de vivre sans peur? Au-delà des pancartes et des slogans, l’État saura-t-il en mesure de transformer ces cris d’alarme en réponses concrètes et durables?Reste à savoir quand leurs voix, répétées dans les rues, se transformeront enfin en décisions et en actions concrètes

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