Aux carrefours de Delmas 33, et 83, dans des embouteillages devenus quotidiens, une scène de plus en plus visible attire l’attention. Des enfants des rues, autrefois concentrés au Champ-de-Mars, investissent désormais les grandes artères de Delmas. Munis d’un petit chiffon ou d’un morceau de toile, ils s’improvisent laveurs de pare-brise, transformant chaque arrêt de véhicule en une occasion de gagner quelques gourdes pour survivre.
Sous un soleil accablant, au milieu de la poussière et du bruit des moteurs, ces enfants circulent entre les voitures, défiant les dangers de la circulation. Sur cette scène, deux d’entre eux, âgés d’environ 8 et 12 ans, s’approchent d’un véhicule rouge immobilisé. Sans hésitation, ils commencent à essuyer les vitres avec des gestes rapides, presque mécaniques, révélant une habitude forgée par la nécessité plutôt que par le choix. Leur apparence en dit long sur leur quotidien. Vêtements délavés, usés par le temps, parfois déchirés l’un porte un short troué, l’autre un t-shirt fatigué ces jeunes corps penchés contre la carrosserie traduisent une réalité dure, marquée par la débrouille. L’école semble loin, remplacée par la rue, devenue à la fois lieu de vie, de travail et d’apprentissage.

Autour d’eux, la vie urbaine suit son cours, presque indifférente. Des motocyclettes zigzaguent entre les files de voitures, des tap-tap surchargés avancent lentement, tandis que les passants poursuivent leur chemin sans vraiment prêter attention. Cette scène, pourtant frappante pour un regard extérieur, semble s’être normalisée dans le paysage urbain, comme une conséquence silencieuse d’une crise plus profonde. Mais derrière cette banalisation se cache une réalité préoccupante.  Ces enfants, livrés à eux-mêmes, évoluent dans un environnement à haut risque, exposés à la violence, à l’exploitation et à toutes formes de dérives. Leur présence croissante sur la chaussée interpelle directement les autorités et les institutions chargées de leur protection.
Où sont les réponses du ministère des Affaires sociales? Quel rôle joue aujourd’hui l’Institut du Bien-Être Social et de Recherches (IBESR) face à cette situation? Qu’en est-il des centres d’accueil, des programmes de réinsertion, des politiques publiques destinées à protéger l’enfance vulnérable? Au-delà des institutions, c’est toute la société qui est interpellée. Car ces enfants ne sont pas simplement des silhouettes dans la circulation: ils sont le reflet d’un système fragilisé, d’une précarité grandissante et d’un manque d’encadrement criant. La rue, pour eux, n’est pas un choix, mais une contrainte. Chaque pare-brise nettoyé, chaque pièce reçue représente un effort pour survivre dans un quotidien incertain. Pourtant, cette stratégie de survie immédiate ne garantit en rien un avenir stable.

Une question demeure, lourde de conséquences: que deviendront ces enfants dans les années à venir? Sans accès à l’éducation, sans accompagnement, sans protection, ne risquent-ils pas de basculer vers des formes de marginalisation plus graves? En filigrane, c’est l’avenir même du pays qui se dessine. Car abandonner ses enfants, c’est fragiliser les fondations de toute une nation. Et à Delmas, au cœur des embouteillages, cette réalité s’écrit chaque jour, sous les yeux de tous, dans une indifférence qui inquiète autant qu’elle interpelle.

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