- À l'occasion de la fin de son mandat diplomatique en Haïti, l'ambassadeur des États-Unis, Henry Wooster, a dressé un bilan de son passage dans le pays tout en évoquant les perspectives en matière de sécurité, de gouvernance et de développement économique.

«Nous devons tous bien distinguer le difficile de l'impossible. Quelle que soit la nation concernée, une élection n'est jamais parfaite. Mais je sais que la sécurité est indispensable et que la stabilité politique est le premier des biens publics», a déclaré le diplomate américain devant les médias. Ayant déjà servi en Haïti il y a près de trois décennies avant son retour en juin 2025, Henry Wooster a dit demeurer profondément marqué par la résilience du peuple haïtien face aux multiples crises que traverse le pays. L'ambassadeur a rappelé que la stabilisation d'Haïti reste une priorité stratégique pour les États-Unis. Il a notamment insisté sur la différence entre la sécurité et la stabilité, deux concepts souvent associés mais distincts. Selon lui, la sécurité permet la tenue d'élections crédibles et le fonctionnement des institutions, tandis que la stabilité repose sur des bases plus durables telles que la légitimité institutionnelle, la croissance économique et une gouvernance efficace.

Sur le plan sécuritaire, Henry Wooster a annoncé que la Force de répression des gangs (FRG), mise en place avec l'appui de plusieurs partenaires internationaux, poursuivra son déploiement au cours des prochains mois. «Ces opérations s'intensifieront à mesure que les forces en cours de déploiement arriveront durant l'été et l'automne», a-t-il indiqué, laissant entendre que la mission atteindra une capacité opérationnelle beaucoup plus importante entre septembre et octobre 2026. Selon lui, cette force multinationale, composée notamment de contingents du Tchad, du Salvador, du Guatemala, de la Jamaïque, de la Mongolie et du Sri Lanka, a déjà commencé à mener des opérations contre les groupes armés. Ses missions incluent l'arrestation de membres de gangs, la saisie d'armes illégales et la sécurisation d'axes routiers stratégiques afin de permettre le rétablissement progressif de l'autorité de l'État. Toutefois, le diplomate a tenu à rappeler que l'appui international ne peut constituer qu'une solution temporaire. Les réponses durables devront venir des institutions haïtiennes elles-mêmes, notamment à travers le renforcement de la Police nationale d'Haïti et des Forces armées d'Haïti.

À ce titre, il a mis en avant le programme « P4000 », financé par le Département d'État américain, qui vise à recruter et former 4 000 nouveaux policiers d'ici au début de l'année 2027.

Abordant la question de la transition politique, Henry Wooster a salué l'engagement des autorités haïtiennes à organiser un retour à l'ordre constitutionnel et à la gouvernance démocratique. Il a toutefois souligné que la réussite de ce processus dépendra de la capacité des responsables politiques, du secteur privé et de la société civile à lutter contre la corruption, l'impunité et les divisions internes. L'ambassadeur a également insisté sur l'importance de la relance économique, estimant que la création d'emplois constitue l'une des meilleures réponses à l'influence des groupes armés sur la jeunesse. Selon lui, aucune stabilisation durable ne sera possible sans un secteur privé dynamique capable de générer des opportunités économiques. Enfin, Henry Wooster a rendu hommage aux médias haïtiens, rappelant leur rôle fondamental dans la défense de la vérité et la lutte contre la désinformation. Il a appelé les journalistes à poursuivre leur mission d'information avec professionnalisme afin de permettre à la population de prendre des décisions éclairées sur l'avenir du pays. Au terme de sa mission, le diplomate américain laisse un message clair: la sécurité est une étape nécessaire, mais seule la construction d'institutions solides, d'une économie fonctionnelle et d'une gouvernance légitime permettra à Haïti de retrouver une stabilité durable.

Les déclarations d’Henry Wooster laissent entrevoir une intensification de la lutte contre les gangs dès l’automne prochain. Mais au-delà des annonces et des engagements internationaux, plusieurs interrogations demeurent. La Force de répression des gangs parviendra-t-elle réellement à reprendre les territoires perdus au profit des groupes armés? Les renforts attendus en septembre et octobre suffiront-ils à rétablir durablement la sécurité dans les zones les plus touchées? Les autorités haïtiennes seront-elles en mesure de consolider les gains sécuritaires une fois l'appui international réduit? Au-delà de la sécurité, la stabilité politique tant évoquée par le diplomate américain pourra-t-elle se concrétiser sans consensus national et sans institutions pleinement légitimes? Les prochaines élections pourront-elles se tenir dans un climat de confiance et de crédibilité?
Enfin, alors que plus de 800 millions de dollars d'assistance américaine sont mobilisés, les retombées seront-elles suffisamment visibles pour améliorer les conditions de vie de la population, créer des emplois et offrir une alternative durable aux jeunes exposés à l'influence des gangs?
Autant de questions qui continueront d'alimenter le débat national au moment où Haïti cherche encore la voie vers la sécurité, la stabilité et le retour à une gouvernance démocratique durable.
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