Il y a des symboles qui élèvent une nation. Et il y a des mises en scène qui la trahissent. Annoncer, avec emphase, la tenue d’un Conseil des ministres au Palais national comme s’il s’agissait d’un accomplissement historique est moins une maladresse qu’un aveu : celui d’un pouvoir déconnecté, hors-sol, incapable de distinguer l’essentiel de l’accessoire.
Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’un acte ordinaire de gouvernance, transformé en événement. D’une évidence institutionnelle présentée comme une prouesse. Pendant ce temps, le pays réel, lui, continue de sombrer dans l’incertitude, l’insécurité et l’abandon.
À la tête de cette mise en scène, Alix Didier Fils-Aimé semble incarner une dérive préoccupante : celle d’un pouvoir qui confond présence et action, communication et gouvernance, symbole et légitimité. Or, un État ne se dirige pas à coups de communiqués. Il se construit par des décisions fortes, cohérentes, ancrées dans le droit et orientées vers l’intérêt général.

Mais le véritable scandale est ailleurs. Il réside dans la nature même de ces Conseils des ministres, devenus, aux yeux de beaucoup, des espaces fermés où se perpétue une logique d’entre-soi. Une République parallèle, réservée à quelques initiés, où l’on distribue les postes comme des privilèges, sans exigence de compétence, sans respect des normes, sans souci des valeurs républicaines.
C’est ainsi que naît une “République des ministres hors-sol”: une République où ceux qui gouvernent ne vivent plus dans le même pays que ceux qu’ils administrent. Une République où les décisions sont prises loin des réalités, loin des urgences, loin du peuple. Une République où l’on nomme, non pas pour servir, mais pour récompenser.
Et les conséquences sont dévastatrices. Car placer des individus inadaptés à des postes clés, c’est désorganiser l’État. C’est affaiblir les institutions. C’est installer durablement l’inefficacité et l’irresponsabilité. À terme, c’est la République elle-même que l’on vide de sa substance, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une façade.
Il ne suffit pas d’occuper un fauteuil pour être à la hauteur de la fonction. Il faut en porter le poids, en respecter les exigences, en défendre l’intégrité. Lorsque cette exigence disparaît, le pouvoir devient une simple occupation de l’espace et non plus un exercice de responsabilité.
Honte à cette dérive. Honte à cette banalisation de l’inacceptable. Et honte à ceux qui, par leurs actes ou leur silence, participent à l’effritement de l’État.
Alix Didier Fils-Aimé et les siens devraient s’en souvenir: l’histoire ne juge pas les discours, elle juge les actes. Et dans la République des ministres hors-sol, les actes d’aujourd’hui seront les condamnations de demain.
*Abdias DENIS*
Spécialiste en développement
Philosophe - Politologue
Professeur - Journaliste
Essayiste - Pamphletaire