Une salle fleurie aux couleurs de la jeunesse, des représentants d’associations et de mouvements de jeunes venus de différentes communautés: le ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique (MJSAC) a marqué mercredi la Journée internationale de la jeunesse par un symposium consacré aux aspirations et aux responsabilités de la jeunesse haïtienne.

Organisée sous le haut patronage du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH), avec le soutien du Fonds pour la consolidation de la paix et de l’ambassade de Taïwan, et avec la participation du Conseil électoral provisoire, la rencontre avait pour thème mondial: «Contextes différents, aspirations communes». La cérémonie s’est déroulée en présence du ministre de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique, Dumas Pythagore, du haut-commissaire des droits de l’homme, Arnaud Royer, de l’ambassadeur de Taïwan, Cheng-hao Hu, ainsi que de représentants du CEP. Ont pris part à cette rencontre. Le thème mondial de cette année, «Contextes différents, aspirations communes», a servi de fil conducteur aux discussions Dans la salle, plusieurs jeunes issus d’associations et de mouvements de jeunesse sont également mis à l’honneur pour leur engagement au sein de leurs communautés. Leur présence témoigne d’une volonté de mettre en lumière une jeunesse qui, malgré les difficultés, est déjà active sur le terrain. Selon Arnaud Royer: 

«Les jeunes doivent être des acteurs de leur destin» Prenant la parole devant les jeunes, le haut-commissaire des droits de l’homme, Arnaud Royer, a insisté sur la nécessité de leur participation au processus démocratique. «Les jeunes doivent être des acteurs de leur destin», a-t-il lancé. Pour lui, cette participation ne doit pas se limiter au jour des élections. Elle doit également se traduire par l’engagement dans les associations, la participation aux débats publics, le dialogue avec les représentants, la défense des droits humains et l’implication dans la vie communautaire.Arnaud Royer invite également les jeunes à mieux connaître leurs droits et le fonctionnement des institutions. Dans un environnement marqué par la circulation rapide de l’information, il les encourage à développer un esprit critique face à la désinformation, aux discours de haine et aux tentatives de manipulation. À l’approche des élections, le responsable du HCDH appelle les jeunes remplissant les conditions requises à s’inscrire sur le registre électoral. «S’inscrire pour voter, c’est dire que vous souhaitez prendre part aux décisions qui concernent votre pays», souligne-t-il. Mais cette responsabilité, rappelle-t-il, ne repose pas uniquement sur les citoyens. Les institutions doivent également créer les conditions nécessaires à une participation crédible, notamment en matière de sécurité, d’égalité, de transparence et de confiance. Une attention particulière, selon lui, doit être accordée aux jeunes femmes et aux jeunes hommes, aux personnes vivant avec un handicap, aux jeunes des communautés éloignées et à ceux confrontés à différentes formes de vulnérabilité. «Votre voix compte, votre participation compte, votre engagement compte», 

insiste Arnaud Royer. En référence à l’œuvre de l’écrivain haïtien Jacques Roumain, notamment à Gouverneurs de la Rosée, il invite la jeunesse à contribuer à la construction d’une «vie nouvelle». De son côté le ministre de la jeunesse des sports et de l'action civique (MJSAC) Dumas Pythagore: livre pour sa part un message davantage tourné vers l’action. «La jeunesse haïtienne est aujourd’hui à la croisée des chemins», affirme-t-il.  Pour le ministre, aucune transformation durable du pays ne pourra être réalisée sans la participation de sa jeunesse. Il appelle les jeunes à faire preuve de courage, de créativité et d’engagement.

Dumas Pythagore évoque également son propre parcours. Il rappelle qu’avant d’occuper ses fonctions actuelles, il était lui aussi un jeune animé par des rêves et des ambitions. Une conviction qu’il dit avoir renforcée lors d’une tournée dans le Grand Nord, au cours de laquelle il affirme avoir rencontré des milliers de jeunes. Il dit avoir découvert une jeunesse déterminée, désireuse de réussir et surtout assoiffée d’avenir. «La plus grande richesse d’Haïti n’est ni dans son sous-sol, ni dans ses plantations, mais dans sa jeunesse», lance le ministre. Il cite les artistes, les sportifs, les entrepreneurs, les chercheurs et les étudiants comme autant d’exemples d’une jeunesse capable de contribuer au rayonnement du pays. Son message est direct: «N’attendez pas que quelqu’un construise Haïti à votre place.» Le ministre invite ainsi les jeunes à s’appuyer sur la mémoire historique du pays, les sacrifices des ancêtres et les valeurs de responsabilité, de pardon et de patriotisme. Le MJSAC entend, selon lui, poursuivre la création d’opportunités dans plusieurs secteurs, notamment le sport, la formation, la culture, l’innovation et l’engagement citoyen. Pythagore Dumas tend la main à la «Jeunesse qui ose rêver, mais surtout qui ose agir», conclut-il. Mais dans la salle, les appels à l’engagement institutionnel ne sont pas accueillis sans réserves. La parole des organisations de jeunesse apporte une dimension plus critique au symposium. Le représentant de Koze Jèn, Sonel Joseph, 

estime notamment que les jeunes ne doivent pas être considérés uniquement comme des bénéficiaires de programmes, mais comme des acteurs capables de participer directement à la conduite des affaires publiques. «Notre génération a déjà de nouvelles aspirations et elle veut les conduire. Il faut maintenant lui donner les moyens de le faire», affirme-t-il. Selon lui, ces moyens passent notamment par l’accès à l’emploi, à l’entrepreneuriat, à la formation et aux espaces de décision. Sonel plaide ainsi pour une véritable politique nationale de jeunesse, dépassant les activités ponctuelles. «Haïti a besoin d’une véritable politique nationale de jeunesse. Pas simplement d’activités ponctuelles en faveur des jeunes, mais d’une politique publique cohérente et durable», soutient-il. Il salue la mise en place de la table sectorielle de la jeunesse, qu’il considère comme une possible étape vers l’élaboration d’une politique publique d’État en faveur de la jeunesse. La participation électorale au cœur des revendications Alors que le pays se dirige vers une nouvelle période électorale, la participation des jeunes devient l’un des principaux sujets de discussion. Sonel estime que les organisations de jeunesse doivent pouvoir participer à l’observation du processus électoral et à la sensibilisation des jeunes électeurs. Il réclame également des mécanismes permettant une participation effective de la jeunesse aux différentes étapes du processus. Son constat est exprimé en créole : «men'm si dekrè elektoral la kite jenès la dèyè.»

Pour le représentant de Koze Jèn, la représentation de la jeunesse ne doit donc pas être uniquement symbolique.Les jeunes doivent, selon lui, être associés aux décisions et disposer d’espaces leur permettant de faire entendre leurs préoccupations. Le MJSAC appelé à coordonner les efforts Sonel attribue également un rôle important au ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique. Mais il estime que le MJSAC ne peut porter seul la responsabilité de répondre aux besoins de la jeunesse. Le ministère devrait plutôt jouer un rôle de coordination entre les institutions publiques, les collectivités territoriales, les organisations de la société civile, les partenaires internationaux et le secteur privé. Cette coordination permettrait, selon lui, de construire une réponse nationale plus cohérente aux défis auxquels sont confrontés les jeunes. L’éducation, la formation professionnelle, l’emploi, l’entrepreneuriat, le sport, la culture, les nouvelles technologies, mais aussi la protection contre la violence et l’exclusion figurent parmi les priorités évoquées. La résolution 2250 comme référence Le représentant de Koze Jèn inscrit également son plaidoyer dans le cadre de la résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies sur la jeunesse, la paix et la sécurité. Pour lui, Haïti doit non seulement respecter les engagements internationaux pris en faveur de la jeunesse, mais surtout les traduire en actions concrètes. Son intervention aura ainsi apporté une voix critique au symposium: alors que les institutions demandent aux jeunes de participer davantage, les organisations de jeunesse réclament, elles, des mécanismes concrets pour leur permettre d'occuper une place réelle dans les décisions. Le CEP appelle également les jeunes à s'engager De son côté, le représentant du Conseil électoral provisoire, Yves Marie Edouard, a encouragé les jeunes à s'impliquer davantage dans le processus électoral.

Selon lui, la jeunesse constitue une composante essentielle de la société haïtienne et doit prendre part aux démarches visant à construire l'avenir du pays. Son message rejoint celui des autres intervenants: la participation des jeunes ne doit pas être reportée à demain. Au-delà des discours, quelles opportunités pour la jeunesse?
Au terme du symposium, les messages institutionnels et les revendications des organisations de jeunesse se rejoignent sur un point: la jeunesse haïtienne ne peut rester en marge des décisions qui façonnent son avenir. Mais entre les appels à l'engagement et les réalités vécues par les jeunes, le fossé reste important. Participer à la démocratie suppose aussi d'avoir accès à l'éducation, à la formation, au travail, à l'entrepreneuriat et aux espaces de décision. C'est précisément sur cette question que les organisations de jeunesse demandent désormais des réponses concrètes. Le ministre Dumas Pythagore a, pour sa part, appelé à l'unité et à l'action: «Ensemble, faisons renaître l’espérance. Ensemble, faisons briller notre jeunesse. Ensemble, reconstruisons notre nation.» Dans une Haïti confrontée à de profondes difficultés, le symposium aura surtout servi de tribune à une jeunesse placée face à un choix: attendre que d’autres construisent son avenir ou prendre dès aujourd’hui sa place dans les décisions qui engagent le pays. Entre les discours des institutions et les revendications des organisations de jeunesse, une même exigence se dessine désormais: ne plus parler de la jeunesse sans lui donner les moyens d’agir.

Mais au-delà des discours et des appels à l’engagement, une question demeure: la jeunesse haïtienne disposera-t-elle réellement des espaces et des moyens nécessaires pour participer aux décisions qui façonnent son avenir? Entre chômage, insécurité, accès limité à la formation et faible représentation dans les espaces de décision, les promesses faites aux jeunes pourront-elles se traduire en actions concrètes?

À l’approche des élections, autre interrogation: les jeunes seront-ils seulement sollicités pour voter, ou auront-ils véritablement leur mot à dire dans la définition des politiques publiques et dans la conduite des affaires du pays? Et surtout, Haïti est-elle prête à faire de sa jeunesse un véritable acteur du changement plutôt qu’une simple jeunesse à mobiliser lors des élections et des cérémonies? Les prochaines étapes permettront de mesurer si les appels lancés lors de ce symposium déboucheront sur des engagements concrets ou resteront, une fois de plus, au stade des discours.

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