Alors qu’Haïti s’enfonce davantage dans une crise multidimensionnelle marquée par l’insécurité, l’effondrement économique et une détresse humanitaire grandissante, la bénédiction accordée au Vatican par le cardinal Pietro Parolin semble, pour de nombreux citoyens, en total décalage avec la souffrance quotidienne de la population haïtienne

Pendant que les autorités multiplient les discours et les cérémonies religieuses à Rome, la situation continue de se détériorer dans la Plaine du Cul-de-Sac où les violences armées provoquent de nouveaux déplacements massifs de population. Depuis ce week-end jusqu’à ce lundi matin, de nombreuses familles ont été contraintes d’abandonner leurs maisons sous la pression des attaques menées par des civils armés affiliés à la coalition criminelle «Viv Ansanm». Des centaines de personnes ont fui précipitamment leurs quartiers pour chercher refuge le long de la route de l’aéroport, notamment devant la SONAPI ainsi que dans la zone de Trois-Mains. Hommes, femmes et enfants, sacs au dos, tentaient de sauver le peu qu’ils possèdent dans un climat de peur et de panique.

Frustrées par l’aggravation de la violence et l’absence de réponse efficace des autorités, plusieurs victimes ont exprimé leur colère à travers des mouvements spontanés de protestation. Des pneus enflammés ont été érigés sur la voie publique, des barricades improvisées ont paralysé la circulation et des jets de pierres ont été signalés dans plusieurs zones afin de dénoncer la puissance croissante des groupes armés qui continuent d’étendre leur contrôle sur différents territoires de la région métropolitaine.

La situation humanitaire devient de plus en plus alarmante pour les populations les plus vulnérables. Des enfants traumatisés, des femmes contraintes de fuir sous les tirs, des personnes à mobilité réduite incapables de se déplacer rapidement ainsi que des vieillards épuisés figurent parmi les principales victimes de cette nouvelle vague de violences. Beaucoup passent désormais leurs journées et leurs nuits dans des conditions extrêmement précaires, sans véritable assistance ni protection.

Pendant ce temps, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé participait ce samedi à une cérémonie religieuse au Vatican, dans la basilique Basilique Sainte-Marie-Majeure, afin d’implorer la paix et la bénédiction divine pour Haïti. Mais pour de nombreux observateurs, cette démarche symbolique soulève davantage d’interrogations qu’elle n’apporte d’espoir face à l’ampleur de la crise sécuritaire qui secoue le pays. La colère populaire s’est encore accentuée ce lundi matin après la mort par balles d’un employé de la compagnie Rhum Barbancourt lors d’affrontements armés dans la zone. Ce nouveau drame illustre une fois de plus l’intensité de la violence qui frappe la Plaine du Cul-de-Sac et l’incapacité persistante des autorités à protéger la population contre les attaques des groupes armés.

Pour plusieurs citoyens, le contraste entre les prières organisées au Vatican et la réalité sanglante vécue dans les rues de Port-au-Prince symbolise le fossé grandissant entre les dirigeants politiques et les souffrances quotidiennes du peuple haïtien

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