Ils sont venus de Carrefour-Feuilles, de Solino et de plusieurs zones avoisinantes avec une même ambition: contribuer à offrir une seconde chance à celles et ceux qui n’ont pas eu la possibilité d’apprendre à lire et à écrire.
Au Lycée Horacius Laventure, à Delmas 75, environ 250 aspirants moniteurs et monitrices ont participé mercredi au lancement de la deuxième cohorte de formation du Bureau du Secrétaire d’État à l’Alphabétisation. Dans la cour du Lycée Horacius Laventure, à Delmas 75, l’ambiance est studieuse ce mercredi matin. Des dizaines de participants prennent place. Certains sont jeunes, d’autres beaucoup plus âgés. Tous sont réunis autour d’un même objectif: apprendre à transmettre les premiers outils du savoir à des personnes qui n’ont pas eu la chance de fréquenter régulièrement l’école.
Pour les organisateurs, l’enjeu dépasse largement une simple formation de moniteurs. Il s’agit d’aller chercher, au cœur des quartiers populaires, des personnes qui ont été laissées en dehors du système éducatif. Jeunes âgés de 14 à 17 ans ou adultes de 18 à 70 ans: le programme veut toucher différentes générations confrontées à l’analphabétisme. L’objectif est de renforcer les centres d’alphabétisation déjà opérationnels, mais aussi d’en favoriser la création dans de nouvelles communautés. Derrière chaque futur apprenant se trouve une histoire différente: une scolarité interrompue, des difficultés économiques, des déplacements ou simplement l’absence d’accès à l’école. Pour ces personnes, apprendre à lire et à écrire peut représenter bien plus qu'une compétence scolaire. «Une seconde chance»

Dans la salle, les représentants communautaires prennent à leur tour la parole. Gina Elgivis, représentante de l’Organisation des Femmes Unies pour l’Encadrement et l’Éducation des Enfants Démunis (OFUEEED), venue de Carrefour-Feuilles, salue l’initiative. Un représentant de la communauté de Solino abonde dans le même sens. Tous deux insistent sur la nécessité de rapprocher les programmes éducatifs des populations des quartiers populaires. Pour les communautés représentées, cette formation constitue une possibilité de donner une seconde chance à des personnes qui ont longtemps vécu avec les difficultés liées à l’incapacité de lire ou d’écrire. Apprendre à lire, mais aussi apprendre à vivre autrement L’alphabétisation ne s’arrête cependant pas à l’apprentissage de l’alphabet. Pour les responsables du programme, une personne qui apprend à lire doit également pouvoir mieux comprendre son environnement, interpréter une information, prendre des décisions éclairées et participer davantage à la vie de sa communauté. L’objectif est donc de faire du savoir un outil d’autonomie. Quand l’alphabétisation rencontre le métier
Au cours de la cérémonie, le Secrétaire d’État à l’Alphabétisation, Lorgeat Adelson, présente une autre dimension du programme. L’idée est de rapprocher l’alphabétisation de la formation professionnelle. Les bénéficiaires devraient ainsi pouvoir être orientés vers différents apprentissages pratiques, notamment la réparation de téléphones et l’onglerie, ainsi que d’autres métiers pouvant leur permettre de générer des revenus. Pour les adultes plus âgés, l’accent est également mis sur les activités génératrices de revenus (AGR). Apprendre à lire et à écrire, mais aussi apprendre un métier: c’est le pari affiché par le Secrétariat d’État. Le défi de l’après-formation Mais former des moniteurs n’est qu’une première étape. Le véritable défi sera de transformer ces 250 aspirants en encadreurs capables d’animer durablement des centres d’alphabétisation dans les communautés. Il faudra également s’assurer que les centres disposent des ressources nécessaires, que les apprenants puissent suivre régulièrement les séances et que les formations professionnelles promises puissent réellement déboucher sur des opportunités économiques. Dans les quartiers populaires, où les besoins éducatifs restent importants, la réussite du programme se mesurera donc moins au nombre de personnes présentes à une cérémonie qu’au nombre de personnes qui, demain, pourront écrire leur nom, lire un document, comprendre un message ou gérer une petite activité économique. Une porte ouverte sur l’avenir À la fin de la cérémonie, les participants repartent avec une responsabilité supplémentaire: transmettre ce qu’ils auront appris à celles et ceux qui attendent encore une occasion. Carrefour-Feuilles, Solino et d’autres quartiers deviennent ainsi les prochains terrains d’action de cette nouvelle cohorte. Pour celui qui n’a jamais appris à lire, un mot peut être une porte fermée. Pour celui qui apprend à le déchiffrer, cette même porte peut enfin s’ouvrir. À Delmas, les 250 aspirants moniteurs veulent désormais contribuer à ouvrir cette porte dans les quartiers où l’école n’a pas toujours réussi à atteindre tout le monde.

Mais au-delà des cérémonies et des promesses, une question demeure: ces nouveaux moniteurs disposeront-ils réellement des moyens nécessaires pour atteindre les personnes les plus éloignées du système éducatif? Les centres d’alphabétisation pourront-ils fonctionner durablement dans les quartiers populaires? Et surtout, cette initiative permettra-t-elle réellement aux bénéficiaires de transformer leurs nouvelles connaissances en opportunités économiques et en une plus grande autonomie? Entre l’espoir suscité par cette deuxième cohorte et les défis qui persistent sur le terrain, le véritable bilan de cette initiative se mesurera dans les mois à venir. Car alphabétiser, est-ce seulement apprendre à lire et à écrire, ou est-ce aussi donner aux plus vulnérables les moyens de prendre leur destin en main?